Le récit d'une petite réussite concrète qui m'a fait très plaisir. D'abord pour le fait en lui-même, mais aussi parce que justement le côté concret permet de vérifier que "ça marche" et de me conforter pour la suite de ma démarche plus "introspective".
Alors voilà le contexte: depuis un petit mois, je m'essaie dans le jardin et ailleurs à la "slackline" (je n'aime pas trop l'anglicisme sauvage, mais je ne vois pas de périphrase économique française pour décrire donc cette "ligne molle". En fait tout bêtement une sangle plate qu'on tend entre deux arbres pour marcher comme un funambule). Le but, forcément, c'est de tenir dessus, de marcher, et de faire toutes sortes figures. En plus d'être assez ludique, c'est une chouette manière de travailler l'équilibre et les sensations de pieds en escalade. Au début, ça paraît "mutant", mais on arrive assez vite à évoluer. En plus, ça se monte en cinq minutes, deux noeuds trois mouvements, n'importe où on peut trouver deux points fixes à bonne distance (et pas trop haut of course).
Ainsi en quelques semaines, j'arrivais à monter dessus, à faire entre... zéro... et 10 ou 12 pas de suite, je commençais à faire un peu de marche-arrière une fois arrivé au bout. Mais le "cap" à passer, c'est le problème du demi-tour. Pour comprendre mon malheur, il faut imaginer que ça nécessite de quitter le point fixe visuel qu'on prend devant soi comme repère pour garder l'équilibre et de passer dans le mouvement d'une position de pied classique, toute la plante en longueur sur la slack, à un moment délicat où les deux pieds sont en travers, perpendiculaires à la ligne. La sensation est tout à fait différente et précaire à souhait. Mes meilleures tentatives, je vous passe les détails des réceptions dorsales dans la haie du fond du jardin ou le "plat-dos" dans l'herbe folle des campagnes dorinnoises, s'étaient soldées par un très improbable demi-tour tenu le dire "ça y est...oooh...meeeerdeuuu"... Blaf! Didjû!
Samedi, après une énième balafre épineuse dans le dos, je me suis dit qu'il était temps de m'y mettre à deux, avec mon inconscient, moins sensible à la douleur mais tout de même un peu vexé par le regard amusé du chien. Une petite transe là-dessus et dix minutes plus tard, me revoilà en piste sous les vivats enthousiastes du berger allemand à qui il ne manquait que les pop-corns pour regarder le show. Et là, la révélation, pour moi ,et l'admiration non dissimulée, pour lui: je me suis arrêté de compter les demis-tours réussis et enchaînés les uns derrière les autres après cinq de suite. Re-essai, et re-réussite...Descente contrôlée et hurlement de triomphe sans modestie
Fier comme un paon j'étais...
Voilà, un petit exercice anodin, mais bien sympa. Ce soir j'essaie sur le départ "sauté avec élan" sur la slack, dont la chute vaut beaucoup plus de points encore sur l'échelle du ridicule. J'espère juste ne pas arriver au stage de samedi prochain avec le pied dans le plâtre

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